samedi 30 juin 2012

De quel jardin parlait-elle ?




Ryan Teague - Cascades from Village Green on Vimeo.

― Reprends haleine, me dit-elle, tu es fatigué, et tu as encore à traverser le jardin. De quel jardin parlait-elle ? Je ne pouvais l’imaginer ; mes yeux, éblouis du rayonnement de l’abîme, ne distinguaient rien. En peu d’instants, cette surexcitation se dissipa, et je vis que nous étions, en effet, dans un jardin fantastique où la cristallisation, le métamorphisme et la vitrification des minéraux, déployant alternativement leurs splendides caprices, ou, pour mieux dire, obéissant sans entraves aux lois de leur formation, avaient atteint les développements les plus merveilleux et les plus étranges. Ici, l’action volcanique avait produit des arborescences vitreuses qui semblaient couvertes de fleurs et de fruits de pierreries, et dont les formes rappelaient vaguement celles de nos végétaux terrestres. Ailleurs, les gemmes, cristallisées par masses énormes, simulaient l’aspect de véritables rochers dont les plateaux et les sommets étaient ornés de palais, de temples, de kiosques, d’autels, de monuments de toute sorte et de toute dimension. Parfois un diamant de plusieurs mètres carrés, poli par le frottement d’autres substances disparues ou transformées, brillait enchâssé dans le sol comme une flaque d’eau empourprée de soleil. Tout cela était surprenant, grandiose, mais inerte et muet, et peu d’instants suffirent à rassasier ma curiosité.
George Sand, Laura. - Voyage dans le cristal, chapitre IV, 1865,  ici. 

vendredi 29 juin 2012

Un fonctionnement abstrait de tout obstacle :

http://www.les-mathematiques.net

[Le pouvoir] est moins une propriété qu’une stratégie, et ses effets ne sont pas attribuables a une appropriation, « mais a des dispositions, a des manœuvres, a des tactiques, a des techniques, a des fonctionnements » ; « il s’exerce plutôt qu’il ne possède, il n’est pas le privilège acquis ou conservé de la classe dominante, mais l’effet d’ensemble de ses positions stratégiques. » p33
Le pouvoir n’a pas d’essence, il est opératoire. Il n’est pas attribut, mais rapport : la relation de pouvoir est l’ensemble des rapports de forces, qui ne passe pas moins par les forces dominées que par les dominantes, toutes deux constituant des singularités. P35
Comment appeler cette nouvelle dimension informelle ? Foucault lui donne une fois son nom le plus précis : c’est un « diagramme », c’est-a-dire un « fonctionnement abstrait de tout obstacle ou frottement…et qu’on doit détacher de tout usage spécifique ». Le diagramme, ce n’est plus l’archive, auditive ou visuelle, c’est la carte, la cartographie, coextensive a tout le champ social. C’est une machine abstraite. Se définissant par des fonctions et des matières informelles, elle ignore toute distinction de forme entre un contenu et une expression, entre une formation discursive et une formation non-discursive. C’est une machine presque muette et aveugle, bien que ce soit elle qui fasse voir, et qui fasse parler. P42
Qu’est ce qu’un diagramme? C’est l’exposition des rapports de forces qui constituent le pouvoir, d’après les caractères analyses précédemment. « Le dispositif panoptique n’est pas simplement une charnière, un échangeur entre un mécanisme de pouvoir et une fonction, c’est une manière de faire fonctionner des relations de pouvoir dans un fonction, et une fonction par ces relations de pouvoir ». Nous avons vu que les rapports de forces, ou de pouvoir, étaient microphysiques, stratégiques, multiponctuels, diffus, qu’ils déterminaient des singularités et constituaient des fonctions pures. Le digramme ou la machine abstraite, c’est la carte des rapports de forces, carte de densité, d’intensité, qui procède par liaisons primaires non-localisables, et qui passe a chaque instant par tout point, « ou plutôt dans toute relation d’un point a un autre ».  P44
Deleuze Gilles, Foucault Paris : Les Editions de Minuit, 1986.

Carte polynésienne de la houle et des courants marins - ici..

mardi 26 juin 2012

Louis XIII :


Philippe de Champaigne - Louis XIII - vers 1630

Louis XIII - The historical figures of George Stuart





lundi 25 juin 2012

Interdits de l'animalité :

Yanick Dery - ici.


Amparo Bernabe - ici.


Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations, que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme.
Georges Bataille, L'érotisme, 1957.


Yannick Dery - ici.

dimanche 24 juin 2012

Un nouveau relief se crée :

Dessins de Claude Parent, par exemple ici.













Croyez-vous, comme certains, que le capitalisme touche à sa fin ?
Je pense plutôt que c'est la fin qui touche le capitalisme. Je suis urbaniste. Le krach montre que la terre est trop petite pour le progrès, pour la vitesse de l'Histoire. D'où les accidents à répétition. Nous vivions dans la conviction que nous avions un passé et un futur. Or le passé ne passe pas, il est devenu monstrueux, au point que nous n'y faisons plus référence. Quant au futur, il est limité par la question écologique, la fin programmée des ressources naturelles, comme le pétrole. Il reste donc le présent à habiter. Mais l'écrivain Octavio Paz disait : "L'instant est inhabitable, comme le futur." Nous sommes en train de vivre cela, y compris les banquiers.
C'est ici et maintenant que cela se joue. Un nouveau relief se crée. Ce n'est pas triste la finitude, c'est la réalité. Il faut l'accepter. Ce krach nous apprend qu'il faut vivre dans sa grandeur propre, dans un monde achevé. Nous avons une obligation d'intelligence.
 Interview de Paul Virilio dans le monde 27-02-2009, ici.





vendredi 22 juin 2012

The devils :

The devils - Ken Russell - 1971 - interdit au moins de 16 ans, âmes sensibles s'abstenir !
fiche IMDB ici.






jeudi 21 juin 2012

Le champ le plus vaste :


Van Eyck - Adoration de l'agneau mystique, 1432.
à voir aussi en macrophotographie, Rayons X, infrarouge et autres curiosités visuelles : là !

Dans le domaine religieux aussi bien que dans le domaine sexuel, l’amour est mystique et transcendantal. Dans l’amour sexuel, on n’a pas conscience du vrai but de l’instinct, la propagation de la race, et la force de l’impulsion est si puissante qu’on ne saurait l’expliquer par une connaissance nette de la satisfaction. Dans le domaine religieux le bonheur désiré et l’être aimé sont d’une nature telle qu’on ne peut pas en avoir une conception empirique. Ces deux états d’âme ouvrent donc à l’imagination le champ le plus vaste. Tous les deux ont un objet illimité : le bonheur, tel que le mirage de l’instinct sexuel le présente, paraît incomparable et incommensurable à côté de toutes les autres sensations de plaisir ; on peut en dire autant des félicités promises par la foi religieuse et qu’on se représente comme infinies en temps et en qualité.



L’infini étant commun aux deux états d’âme que nous venons de décrire, il s’ensuit que ces deux sentiments se développent avec une puissance irrésistible et renversent tous les obstacles qui s’opposent à leur manifestation. Leur similitude en ce qui concerne la nature inconcevable de leur objet, fait que ces deux états d’âme sont susceptibles de passer à l’état d’une vague extase où la vivacité du sentiment l’emporte sur la netteté et la stabilité des idées. Dans ce délire, l’espoir d’un bonheur inconcevable ainsi que le besoin d’une soumission illimitée jouent un rôle également important.



Les points communs qui existent entre les deux extases, points que nous venons d’établir, expliquent comment, lorsqu’elles sont poussées à un degré très élevé, l’une peut être la conséquence de l’autre, ou bien l’une et l’autre peuvent surgir en même temps, car toute émotion forte d’une fibre vivante de l’âme peut exciter les autres. La sensation qui agit d’une manière continuelle et égale évoque tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux sphères imaginatives. Ces deux états d’âme peuvent aussi dégénérer en un penchant à la cruauté active ou passive.
Psychopathia sexualis, Richard von Krafft-Ebing, Traduction d’Émile Laurent (1861-1904) et de Sigismond Csapo, ici.

Van Eyck - visage d'Adam au rayons X - ici.


Van Eyck - détail du ventre de Eve sur l'autel de Gand

mercredi 20 juin 2012

Un frisson de terreur :

Altocumulus, Altocumulus flocus, Altocumulus undulatus, Altostratus, Cirrocumulus, Cirrus, Cirrus fibratus, Cirrus intortus, Cirrus spissatus, Cumulonimbus, Cumulonimbus calvus, Cumulonimbus capilatus, cumulus congestus, Cumulus humilis, Cumulus mediocris, Cumulus médiocris, HDR, stratocumulus, Stratus, ...

ici et là.



Undulus Asperatus

Undulus Asperatus

Mais sur la terre vierge ou dans le ciel sonore
Rien n’avait palpité, rien ne vivait encore.
Des vallons inconnus aux fertiles sommets
Nul souffle intelligent n’avait couru jamais.
La sève originelle, âpre et comme inféconde,
Fermentait vainement dans le désert du monde,
Quand, le frappant du pied, gonflant son large col,
Le Taureau primitif conquit le nouveau sol.
Unique, seul vivant et créé sans matière,
Le mystique Taureau foula la terre entière,
But l’eau des lacs d’azur à l’abri des forêts,
Dans l’herbe gigantesque entra jusqu’aux jarrets,
Tandis que, sans tarir, le flot de sa semence
S’épanchait au hasard sur la nature immense.
Enfin, toujours fécond, pensif, jamais lassé,
Dans ma volonté ferme, ô Juste ! je plaçai,
Comme au plus haut sommet de mon œuvre complète,
L’Homme, ancêtre des Purs, sur la terre parfaite.

Or les Dieux bienfaisants et les Saints Immortels
Régnaient et dirigeaient les mondes corporels
Dans le repos promis aux races fortunées,
Quand Anro-Mainyous, après trois mille années,
Rompant la trêve auguste, écuma dans la nuit,
Et sifflant de fureur sur le chaos détruit,
De sa puissance vaine accumulant les restes,
Opposa ses Dévas aux Yazatas célestes.
Un frisson de terreur secoua l’univers,
Lorsque, sanglant et noir, s’ouvrit l’œil du Pervers ;
Et comme aux jours maudits de la lutte première,
L’ombre du Meurtrier obscurcit ma lumière.
O Régions du monde ! ô bienheureux séjours !
Terres qu’illuminait le ciel des anciens jours,
Aurores qui versiez du haut des coteaux roses
Vos limpides clartés sur le matin des choses,
Vergers, sources, torrents qui descendiez des monts !
Ce fut l’heure implacable où le vol des Démons,
Fils d’Anro-Mainyous, tourbillonna sans trêve.
Comme un nuage épais que l’ouragan soulève,
Les Drujes, les Dévas, les sombres Légions
Sur le champ dévasté des Seize Régions
S’abattirent ; le mal croissait comme un ulcère.
Azi, les Pairikas, l’éternel Adversaire,
Tous accouraient, tandis qu’en décombres poudreux
La Vie agonisante expirait derrière eux.

André de Guerne, Les Siècles morts, L'orient antique, Les Créations d’Ahoûra-Mazdâ,  ici.


Undulus Asperatus

Undulus Asperatus
Undulus Asperatus