mercredi 29 février 2012

Ecce homo :

Ecce homo
Oui ! Je sais bien d’où je proviens !
Tel la flamme, rassasié par rien,
Je me consume en m’embrasant.
Tout ce que je touche devient lumière,
Charbon tout ce dont je me libère :
Flamme je suis assurément.




Ecce homo.
Ja! Ich weiss, woher ich stamme!
Ungesättigt gleich der Flamme
Glühe und verzehr' ich mich.
Licht wird Alles, was ich fasse,
Kohle Alles, was ich lasse:
Flamme bin ich sicherlich. 

Friedrich Nietzsche, Epigrammes, traduit par Guillaume Métayer



mardi 28 février 2012

Bravo, Monsieur Fizeau !



voir la description de l'expérience par son inventeur page 1159 du :



"Hippolyte Fizeau (1819-1896) réalise en 1849 la première mesure terrestre de la vitesse de la lumière.
Pour cela il fabrique un ingénieux système comportant une roue dentée et deux miroirs , dont un semi-réfléchissant.
Sur la figure ci-contre on devine le principe : la roue est mise en rotation , une source de lumière est réfléchie par le premier miroir , franchit une échancrure de la roue , se réfléchit sur le second miroir et parvient à l'observateur après un parcours correspondant à (2d) à la vitesse (c) qui est l'inconnue.
Fizeau fait son expérience entre Montmartre et le Mont Valérien à Suresnes distants de 8633 m.
La roue dentée comporte 720 dents et 720 échancrures. Fizeau détermine alors la vitesse de rotation de la roue qui permet à la lumière de traverser le bord d'un "creux" et de revenir au bord du même creux. Le faisceau est donc juste occulté et ne parvient plus à l'observateur. Cette vitesse de rotation est de 12,6 tours par seconde.


Nous allons mener un petit calcul à la porté d'un lycéen. (......d'autrefois?).
Appellons t le temps d'aller et retour de la lumière à la vitesse c. t = 2d/c = 2 x 8633 / c (1)
Le disque possède 2x720 secteurs angulaires (a) identiques de valeurs a = 2 x 3,14 / 2 x 720 radians .
La vitesse angulaire du disque est : v = 2 x 3,14 x 12,6 rad/s
Pendant le temps d'un aller et retour de la lumière l'échancrure a tourné de l'angle (a) à la vitesse (v) pendant le temps (t).
Donc t = a/v = 1 / 2 x 720 x 12,6 (2)
En égalisant (1) et (2) On déduit c.
c = 2 x 8633 x 2 x 720 x 12,6 = 3,13 x 108 m/s à comparer à c = 3 x 108 m/s. Bravo.... Monsieur Fizeau!"


Hippolyte Fizeau

dimanche 26 février 2012

Nouvelle Babylone :



Après cela, je vis un autre ange descendre du ciel. Il détenait un grand pouvoir, et toute la terre fut illuminée du rayonnement de sa gloire.
    Il cria d'une voix forte:
      Elle est tombée, elle est tombée,
      la grande Babylone 
    Et elle est devenue
      un antre de démons,
      repaire de tous les esprits impurs,
      repaire de tous les oiseaux impurs,
      et détestables.
   
     Car toutes les nations
      ont bu le vin
      de sa prostitution furieuse.
      Les rois de la terre, avec elle,
      se sont livrés à la débauche,
      et les commerçants de la terre
      ont fait fortune
      grâce à son luxe
      démesuré.




"Dans les villes la boue m'apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un trésor dans la forêt ! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fumées au ciel ; et, à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres."
A. Rimbaud : Une saison en enfer


samedi 25 février 2012

Canton :


Canton en 1920
lien



Village in the city / Village dans la ville from chunkin_H on Vimeo.

Face au développement de l'urbanisation, de nombreux villages dans la ville de Canton sont en cours de démolition depuis 2010. Il s'agit dune disparition radicale et d'un ravage patrimonial architectural unique au monde. Dans les années à venir, ce changement de l'espace urbain, entre construction et destruction,représente un traumatisme important, dont la première victime est la population chinoise.



Déshabitation extraite from chunkin_H on Vimeo.

 
| Doc. expérimental | dv, betaSP | couleur | 00:05:18 | Chine, France | 2010 | 

vendredi 24 février 2012

Processions :

Adolf Friedrich Erdmann von Menzel

Jules Breton




Jules Breton


Une procession designe un cortège de personnes défilant pour des raisons diverses, le plus souvent religieuses.

défilé victoria's secret




jeudi 23 février 2012

Votre tour ne va pas tarder :

Oui je suis un voleur de pensées
non pas, je vous prie, un preneur d'âmes
j'ai construit et reconstruit
sur ce qui est en attente
car le sable sur les plages
découpe beaucoup de châteaux  
dans ce qui fut ouvert
avant mon temps
un mot, un air, une histoire, une ligne
clefs dans le vent pour me faire fuir l'esprit
et fournir à mes pensées renfermées un courant d'arrière-cour
ce n'est pas mon affaire, m'asseoir et méditer
à perte et contemplation de temps
pour penser des pensées qui ne furent pas du pensé
pour penser des rêves qui ne furent pas rêvés
ou des idées nouvelles pas encore écrites
ou des mots nouveaux qui iraient avec la rime...
et je ne m'en fais pas pour les règles nouvelles
puisqu'elles n'ont pas encore été fabriquées
et je crie ce qui chante dans ma tête
sachant que c'est moi et ceux de mon espèce
qui les ferons, ces nouvelles règles,
et si les gens de demain
ont vraiment besoin de règles aujourd'hui
alors rassemblez-vous tous, procureurs généraux
le monde n'étant qu'un tribunal
oui
mais je connais les accusés mieux que vous
et pendant que vous vous occupez à mener les poursuites
nous nous occupons à siffloter
nous nettoyons la salle d'audience
balayant balayant
écoutant écoutant
clignant de l'oeil entre nous
attention
attention
votre tour ne va pas tarder.
Bob Dylan. 

Crédit photo © Daniel Kramer - Bob Dylan Wiith Top Hat Pointing In Car, Philadelphia PA 1964

mercredi 22 février 2012

Faites de Temps et d'Espace :

Dans la même humeur

Tu ne seras pas toujours lointaine et pure, pareille
Au mot conçu dans le ventre d’argent d’un poète.
Tu ne seras pas toujours une caution métaphysique
Pour les poèmes que j’écris. Dans ma sinistre chambre
Cette année, et si Dieu le veut, tu pourrais être
Une femme innocente, péchant pour la première fois,
Et rejetant loin d’elle l’immortalité
De l’à-jamais-incréé. Le violon
N’est pas plus réel que la musique qu’on joue avec.
Ils m’ont dit ça, les prêtres – mais moi je suis fatigué
De n’aimer que par l’intermédiaire de mes sonnets ;
Je veux par l’Homme, non par Dieu, être inspiré.
Cette année, ô jeune fille au visage en rêve entr’aperçu,
Quand tu viendras à moi, ce sera faite de Temps et d’Espace.
 
Patrick Kavanagh (1938)





















lundi 20 février 2012

Tokyo Ga :

Tout en nous promenant dans les salles de pachinko, les stands d'entrainement de golf, dans des cimetieres ou les enfants jouent au base-ball et des squares ou des adolescents dansent le rock, Wenders parle du realisateur japonais Yasujiro Ozu.





Entre Paris, Texas et les ailes du désir : pas de principe global.


dimanche 19 février 2012

Voronoï :

"Statistiquement, ce sont les loges hexagonales les plus fréquentes. Mais l’existence de pentagones, d’heptagones … montre que cette forme hexagonale n’est pas due à une symétrie intrinsèque à l’animal (comme la symétrie d’ordre 5 chez les échinodermes), mais à une réponse la plus géométriquement adaptée à un problème d’occupation de l’espace."
Pierre Thomas, prof. géologie ENS Lyon


Corail fossile


Richard Bradley


 écrit par Monty Faidley et Chris Poultney
sur une idée de Dennis Shasha

Infinigone :


Pavage par des polygones à un nombre infini de sommets. Ces polygones, également appelés des « infinigones » (en rouge), ont tous ici des angles de 120 degrés.  - Infographie : Pour la Science


samedi 18 février 2012

De véritables petites machines :

A Saint Denis en 1980, Deleuze revient sur son approche (avec Guattari et dans un collectif étudiant) du "cas Schreber": (...) " Je prends un exemple : qu’est-ce que c’est que Schreber, le Président Schreber, le fameux Président Schreber ? Alors on l’avait étudié de très très près, ça nous avait tenus très longtemps. Si vous prenez ce délire, c’est quoi, vous voyez quoi ? C’est tout simple, vous voyez : un type qui ne cesse de, de délirer quoi ? L’Alsace et la Lorraine. Il est une jeune Alsacienne - Schreber est allemand - il est une jeune alsacienne qui défend l’Alsace et la Lorraine contre l’Armée française. Il y a tout un délire des races. Le racisme du Président Schreber est effréné, son antisémitisme est effréné, c’est terrible. Toutes sortes d’autres choses en ce sens. C’est vrai que Schreber a un père. Ce père qu’est-ce qu’il fait le père ? C’est pas rien. Le père, c’est un homme très très connu en Allemagne. Et c’est un homme très connu pour avoir inventé de véritables petites machines à torture, des machines sadiques, qui étaient très à la mode au XIXe siècle, et qui ont pour origine Schreber. Ensuite beaucoup de gens avaient imité Schreber. C’était des machines de torture pour enfant, pour le bon maintien pour enfant. Dans les revues encore de la fin du XIXe siècle, vous trouvez des réclames de ces machines. Il y a par exemple, je cite la plus innocente, par exemple des machines anti-masturbatoire, les enfants couchent avec les mains liées, tout ça. Et c’est des machines assez terrifiantes, parce que la plus pure, la plus discrète, c’est une machine avec une plaque de métal dans le dos, un soutien-machoire là, en métal, pour que l’enfant se tienne bien à table. Ça avait beaucoup de succès ces machines. Alors bon, le père, il est inventeur de ces machines. Quand il délire le Président Schreber, il délire aussi tout un système d’éducation. Il y a le thème de l’Alsace et la Lorraine, il y a le thème : l’antisémitisme et le racisme, il y a le thème, l’éducation des enfants. Il y a enfin le rapport avec le soleil, les rayons du soleil. Je dis, mais voilà, il délire le soleil, il délire l’Alsace et la Lorraine, il délire la langue primitive du dieu primitif, il s’invente une langue de, qui renvoie à des formes de bas allemand, bon. Il délire le dieu-soleil, etc. Vous prenez le texte de Freud à côté, qu’est-ce que vous voyez ? Bien, il se trouve précisément que Schreber, il a écrit son délire, alors c’est un bon cas. Vous prenez le texte de Freud à côté, je vous assure, enfin si vous avez souvenir de ce texte - à aucune page il n’est question de rien de tout ça. Il est question du père de Schreber en tant que père, et uniquement, tout le temps, tout le temps. Le père de Schreber, et le soleil c’est le père, et le dieu c’est le père, etc., etc. (...) "      
             
 
Leonard de Vinci

 
 
 
 

vendredi 17 février 2012

Des oiseaux étonnants :

" Je ne peux pas expliquer comment il se fait que leurs nerfs oscillent de telle sorte que le son, ou à proprement parler le caquètement qu’ils émettent, puisse exactement correspondre aux oscillations des sons des mots humains, dont les phrases apprises de mémoire se composent : si je ne peux donc me déclarer plus en détail sur la technique de la chose, selon moi absolument insaisissable pour tout entendement humain, je suppose néanmoins qu’il s’agit-là d’effets hautement sensuels et supranaturels. Toutefois, je sais précisément, par une expérience de plusieurs années, que tant que ces oiseaux étonnants sont occupés à travailler au caquetage des phrases inculquées (apprises de mémoire), leurs nerfs, probablement par un effet induit, sont rendus insensibles aux voluptés d’âme ainsi qu’aux impressions oculaires, tout comme d’ailleurs à tout sentiment qu’ils devraient éprouver en entrant dans mon corps, et ce, comme si en quelque sorte ils venaient à moi les yeux bandés et ponctuellement privés de toute capacité perceptive. C’est là le fin mot de l’histoire et voilà également pourquoi, au cours des années - et conformément au principe de croissance de la volupté d’âme - la vitesse de débit des phrases apprises de mémoire s’est de plus en plus ralentie : l’action destructrice du poison de cadavre porté par les voix qui me pénètrent devait être maintenue aussi longtemps que possible. Toutefois, un autre phénomène très particulier - et dont la conséquence en termes de dommages provoqués par les susdites voix ou rayons en question sur mon corps est de prime importance - devait désormais voir le jour.


Jean Jacques Audubon - blue Jay

Comme je l’ai déjà dit, les oiseaux étonnants ne comprennent pas le sens des mots qu’ils disent ; toutefois, il semble qu’ils soient naturellement ultra réceptifs aux sons en tant que sons. Car tandis qu’ils sont encore occupés à travailler au caquetage des phrases apprises de mémoire, aussitôt que ces oiseaux étonnants entendent des sons qui ressemblent de près ou de loin à ceux des mots qu’ils sont en train de prononcer (décharger), soit exactement le même son ou des sons qui sont approximativement les mêmes, et peu importe si ces oscillations proviennent soit de mes propres nerfs (mes pensées) soit du bavardage qui se tient dans mes environs, hé bien cela produit apparemment chez eux une conséquence pour le moins surprenante laquelle est d’être littéralement aspiré par cette similitude de son et de tomber ainsi dans un état de surprise tel qu’ils en oublient le reste des phrases qu’ils doivent encore caqueter et acceptent subitement d’éprouver un sentiment véritable.

Encore une fois, la similitude sonore n’a pas nécessairement besoin d’être totale ; il suffit - puisque justement les oiseaux ne comprennent pas le sens des mots - qu’ils entendent retentir des sons semblables à ceux qu’ils parlent ; leur importe donc peu, si par exemple - voyons quelques exemples - on énonce :
- “Santiague” ou “Carthage”
- “Chinoiserie” ou “Jésus-Christ”
- “Abendroth” ou “Athemnoth”
- “Ariman” ou “Ackerman”
- “Presse-papiers” ou “Monsieur, vos-papiers !” 
- etc., etc..."
D. P. Schreber